100 jours pour un vrai débat.

Il reste 100 jours pour affronter les questions qui fâchent pendant cette campagne.

100 jours pour que le nouveau quinquennat démarre, quel que soit le Président, sur des options politiques clairement tranchées.

100 jours pour que l’on ne se mente pas à soi même, en alternant, art subtilement français, le pur catastrophisme qui nous condamne à l’autodénigrement et la politique de l’autruche qui nous immobilise de la même manière.

100 jours pour que l’on établissse un bilan clair de l’entreprise France, ce qui ne marche pas et doit être changé, ce qui est essentiel à notre compétitivité et doit être renforcé.

100 jours pour parler de l’Europe que l’on veut.

100 jours pour lire le dernier livre d’Attali, avec ses 150 questions posées aux candidats. « Candidats répondez » !

En 2012, sortir de l’ambiguité.

En 2011, nous sommes restés dans le flou.

 L’un, François Hollande, avait tout intérêt à ne rien dire ou presque pour prendre le minimum de risques : mieux vaut ne pas sortir du bois. L’autre, François Bayrou, éludait la question de savoir pour qui il trancherait s’il n’était pas au second tour, c’est à dire avec qui il gouvernerait. Le Président de la République devait quant à lui déclarer sa candidature le plus tard possible.

Tout se passe en réalité comme si chacun des acteurs reculait le moment d’entrer les vrais débats. Avec la complicité passive des Français qui n’ont peut être pas si envie que cela qu’on leur dise la vérité. Et celle des journalistes qui préfèrent évidemment commenter la communication des uns et des autres  que confronter des chiffres, des faits et des analyses.

En Europe également, c’est le grand brouillard.  Jusqu’où va aller l’intervention de la banque centrale européenne ? Gouvernance inter-étatique ou renforcement communautaire? Europe à 2, à 17, à 27 ? Convergences budgétaires mais sur quelles bases ? Plus de fédéralisme : c’est à dire compensation budgétaire entre Etats ? Soyons plus précis : les Allemands sont-ils prêts à payer pour d’autres Etats plus pauvres ? Les Français à accepter le les réformes mises en place par Gérard Schroeder de 2003 à 2005? Les Anglais à laisser une zone d’influence se renforcer sans eux en Europe  au moment même où l’on parle de moralisation financière ?

 En 2012, pour l’intérêt de notre pays comme pour celui de l’Europe, il faudra bien pourtant sortir de l’ambiguité et poser enfin les questions qui fâchent!

Comment rater ses vacances de Noël en dix leçons…

Déclarer ne pas vouloir planifier ses vacances au prétexte que l’on est expatrié et se tenir scrupuleusement à ce principe.

Décider également de ne pas rentrer en France à Noël, pour changer.

Se retrouver donc un peu par hasard en Australie le 23 décembre, supposée destination de vacances « facile et puis on n’ira pas là-bas depuis l’Europe ».

Constater qu’à Sydney il peut pleuvoir autant qu’à Singapour, malgré la saison d’été.  Mais si.

Passer chaque jour deux bonnes heures à essayer de réserver la prochaine étape et un hôtel (fully booked, les Austaliens, comme tout le monde, partant en vacances).

Se souvenir, mais trop tard, que tout trajet en couple en voiture avec des directions à choisir entraine immanquablement des disputes à partir du premier kilomètre.

Déplorer une fois de plus les ravages de l’obésité devant l’assiette de fish and chips (équivalent 100 euros tout de même à quatre).

Confirmer que tout ado (enfin le nôtre) privé d’écran et de wifi n’est pas plus sensible pour autant à la beauté des paysages ni à l’opportunité (d’ailleurs très hypothétique) d’apercevoir des kangourous.

Rentrer avec deux kilos en plus (fish and chips) et après avoir dépensé une fortune.

Regarder d’un oeil morne, de retour un 31 décembre, l’immense sapin de Noël qui a jauni pendant notre absence et qui, lui non plus, ne se fait pas au climat…

Bonne année !

Les actifs de l’Europe.

 Nous sommes en 2006. Dans le bar d’un grand hôtel londonien, je rencontre un de ces jeunes financiers si symbolique de ce système méritocratique français que la City libérale et pragmatique sait attirer et garder, et dont la France est presque honteusement  fière. Il me raconte pourquoi il s’intéresse à la future campagne pour les élections présidentielles, dit qu’il aime son pays et se sent redevable de ce que la France lui a offert, au travers de son éducation et Polytechnique, lui qui issu d’un milieu modeste.

Puis il hoche la tête, un temps de silence, il sourit et livre ce commentaire que je n’oublierai jamais. La situation est difficile mais pas désespérée car la France a, me dit il, de beaux « actifs » ! Puis se lance dans une analyse brillante du rôle de la banque centrale européenne qu’étrangement Philippe Séguin n’aurait pas reniée.

A l’heure où l’Europe est sérieusement chahutée, ses gouvernants et ses peuples ne doivent pas oublier que, si ses créditeurs jugent ses actifs dépréciés, elle est encore riche d’une histoire, d’une culture et d’une économie dont le monde a besoin.

Même si certains Etats européens ont vécu au dessus de leurs moyens et doivent s’ajuster, cette crise est d’abord une crise mondiale, une crise de la globalisation, une crise d’un certain modèle de croissance tirée par la consommation et le crédit, qui nous vient des Etats-Unis.Et la question de l’euro est in fine presque secondaire, car la question de l’avenir de l’Europe ne se pose pas en termes technocratiques (plus d’intergouvernemental ou plus de fédéralisme, zone euro du sud et du nord, cercles concentriques, etc..) mais bien politique.

Voulons nous encore jouer un rôle dans le monde du 21ème siècle et quels moyens nous donnons nous ? L’Europe a encore de beaux actifs!

Le classeur de français de mon fils.

Il existe, quelque part dans la haute administration qui règne sur l’Education Nationale et ses programmes, quelques mauvais génies qui s’acharnent à détruire, déconstruire, décourager l’apprentissage du français.

L’entreprise est subtile mais implacable, c’est une guerre qui ne dit pas son nom et se mène, souterraine,  dans le choix des mots ou la manière d’aborder l’analyse des textes.

Le français ainsi ne se rêve plus : il se range. Il se range dans des classeurs, en séquences, lesquelles sont divisées en séances. Il se range en outils de la langue (orthographe et grammaire, ca faisait tableau noir de la République, autant dire réac). L’élève doit comprendre d’entrée de jeu qu’il n’est pas là pour s’amuser !

Dans la séance d’aujourd’hui, un extrait de « l’Appel de la forêt » de Jack London. Un beau texte, une belle histoire, je reprends du courage :  enfin de la poésie…C’était compter sans le polycopié, avec des questions qui dissèquent le texte façon vivisection.  Le champ lexical est dans la ligne de mire du programme de cinquième. Il faut le décrire et le circonscrire ! Il faut trouver trois formulations différentes dans la réponse à la question posée qui est de savoir quel est le champ lexical de l’ouie. Du type : « les mots suivants montrent que », « on peut définir le champ lexical par »…

Un ange passe…L’esprit de mon fils s’évade vers un prochain jeu vidéo. Le mien s’échappe dans une forêt d’Europe, où il ferait frais. La voies tu cette forêt, si mystérieuse dans le texte? L’entends tu l’appel, le long cri, loup y es tu? Y es tu dans la forêt où l’on aurait envie de partir, fuir ce classeur et son champ lexical, cours y vite, cours y vite, sautes par dessus la haie…

Prévert, reviens, ils sont devenus fous !

Arrêtons avec les territoires !

L’exaltation des “territoires” dans le débat politique en France m’agace.

 Si la majorité a perdu le Sénat, c’est la faute à la réforme gouvernementale, qui a brutalisé les territoires, braqué les élus locaux ! (dixit Jean Pierre Raffarin).

La France bat le record mondial d’enchevêtrement des structures locales, administratives et politiques. Avec les conséquences que l’on sait : dilution des responsabilités, dispersion des financements, progression des endettements. On essaye d’y toucher? Sacrilège !

Il y a quelques années, les « pays » étaient à la mode. Ils succédaient aux « bassins de vie »,  c’était le règne de la technocratie triomphante. Il y a bien une passion française pour la territorialisation. La carte et le territoire ? Le titre du dernier Goncours, c’est vous dire !

Donc on l’aura compris, pas de réformes de ce coté là..

La France est plongée dans le grand bain global? Nous nous réfugions dans le local.Comment ne pas y voir un refus de voir le monde tel qu’il est, une énième posture défensive, un repli sur ce qui rassure ? Faut-il l’encourager ?

En visite à Hong Kong, il y avait aussi sur ma carte des territoires, des « nouveaux territoires » même,  vaguement orwelliens. Un espace en devenir, à définir.

Ces nouveaux territoires asiatiques donnent la mesure d’un monde qui bouge effectivement très vite. On n’est pas obligé, loin s’en faut, de l’encenser. Mais reconnaître au moins que nous n’avons plus le temps pour des combats d’arrière garde.

Je dramatise peut être…Après tout, le Poitou-Charente de Ségolène Royal et Jean-Pierre Raffarin est un très bel actif ! Et la Chine, si chère au coeur de l’ancien Premier ministre, a justement 3000 milliards de réserves de change…

Perplexité


Folles journées sur les marchés. Essayer de comprendre ce qui se passe?Peine perdue : ma perplexité s’accroit au fur et à mesure de la lecture des dépêches AFP.

Cette après midi par exemple, un communiqué de la Commission de Bruxelles, qui annonce qu’une taxe sur les transactions financières pourrait voir le jour plus tôt que prévu. Où? En Europe. Enfin, dans la zone euro. Puisque, évidemment, les Anglais n’en veulent pas.

Autre communiqué émanant cette fois du G20.. On va aider… Enfin, on ne sait pas trop comment. Puisque les Américains et les Européens, évidemment, ne sont pas d’accord. Relancer la croissance d’abord ! Disent les premiers. Maîtriser les budgets avant tout ! répondent les seconds. Hum…

Sur I télé, Jacques Attali. Le problème n’est pas la dette grecque dit-il. Mais la gouvernance européenne. Jusque là on avait tous compris. La solution est simple : création d’euro obligations,  donc harmonisation budgétaire (terme pudique pour ne pas dire le mot qui fâche : fédéralisme). Enfin on ne sait pas trop comment. Puisque, évidemment, l’Allemagne n’en veut pas. Puisque, dans chaque pays, quand les élites sont prêtes à faire un pas, les peuples ne sont pas d’accord. On fait sans eux?

Connaissez vous enfin ce qui relient des pays aussi différents que le Royaume uni, l’Indonésie, l’Australie, le Canada, la Corée du Sud et le Mexique? Un communiqué, qui exhorte les pays de la zone euro à prendre les décisions qui s’imposent. ???

Ah ! encore une dépêche : les bourses repartent à la baisse.. tu m’étonnes…

Que celui qui comprenne comment on va s’en sortir me jette le premier euro bond…